La recherche repousse un peu plus la Mort

Imaginez aller à la pharmacie et demander avec votre boite de capotes quotidienne une boite de cachets pour vivre plus longtemps ! Non, nous ne sommes pas dans une séquelle de Fallout et son fameux Pip-Boy; non ce ne sont pas des publicités pour une grande marque cosmétique vantant leur dernier produit rajeunissant à base de beta-alpha-méga-supra-jojoba-sphères d’aloe vera … c’est purement de la science.

Un des grands objectifs de la Science est de défier la Grande Faucheuse, et pouvoir un jour trouver la célèbre Fontaine de Jouvence, qui nous permettra à tous de rester indéfiniment jeunes. Une barrière s’est vite mise sur le chemin: il n’existe pas de gène codant une quelconque protéine qui régirait notre durée de vie. Vers quel mécanisme biologique se tourner ? Les principales pistes de la dégénérescence des cellules (qui cause la mort naturelle) ciblent les chromosomes, et plus particulièrement les télomères, qui raccourcissent avec l’âge. De ce côté là, pas de nouvelles, ca rame toujours…

Par contre, il y a du nouveau du côté des mécanismes cellulaires cytoplasmiques. Le journal Aging Cell vient de publier un article conjoint du Laboratoire de Biologie Moléculaire de la Cellule (LBMC, CNRS/ENS Lyon) et du Département de Biologie Moléculaire & Génétique (Université Cornell, Ithaca, NY), dans lequel il est démontré que la durée et la qualité de vie d’un animal peuvent être considérablement améliorées en modifiant la forme des mitochondries.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, la mitochondrie est un organite cellulaire qui réalise la phosphorylation oxydative: sa membrane interne récupère l’énergie fournie par les molécules organiques et synthétise l’ATP, source principale d’énergie nécessaire à la respiration cellulaire. En d’autres termes, la mitochondrie est la centrale énergétique de nos cellules.

Schéma d'une mitochondrie et de son contenu

De plus, les mitochondries sont capables de modifier leur forme pour s’adapter aux conditions extérieures: elles peuvent fusionner pour donner des bâtonnets ou se diviser pour donner des sphères. Ces modifications sont d’ailleurs sous le contrôle de gènes dont les mutations peuvent entrainer de graves maladies neurodégénératives (i.e. Parkinson). Le bon fonctionnement et la bonne configuration de forme des mitochondries sont donc essentiel à une bonne qualité de vie.

Mitochondries en forme de sphères (flèche blanche) ou de bâtonnets (flèche bleue). © LBMC, L. Walter.

L’équipe de Hugo Aguilaniu (LBMC), et l’équipe de Sylvia Lee (Université Cornell) se sont donc demandé s’il serait possible d’affecter la longévité d’un organisme en modifiant la configuration des mitochondries de ses cellules. Ils ont muté l’un des gènes qui gouverne la dynamique des mitochondries chez le ver Caenorhabditis elegans, et ont observé une augmentation de la durée de vie maximale du ver de l’ordre de 200%. En effet, en empêchant les mitochondries de fissionner pour prendre la forme de sphères, les vers passent d’une durée de vie maximale de 30 jours à une durée maximale de 100 jours (!).

Cette étude est la première à démontrer que la modification de configuration des mitochondries peut allonger la durée de vie d’un animal. Il reste maintenant à savoir si l’expérience s’applique sur la génétique des mitochondries humaines, et potentiellement développer une fontaine de jouvence génétique.

Maintenant, la Science est de plus en plus proche de trouver LA solution pour nous faire vivre plus longtemps, et potentiellement nous rendre immortels. Pourtant, est-ce bien la bonne chose à faire ? Je ressors mon petit chapeau d’écologue des populations, et rappelle à mes chers scientigeeks que la principale conséquence de l’abaissement du taux de mortalité est l’impact sur la lutte pour la ressource. La capacité de charge d’un milieu (le fameux K), autrement dit le nombre d’individus maximal que peut supporter un milieu borné, est invariable. Ce qui veut dire que plus il y aura d’humains sur Terre, moins chacun pourra manger à sa faim. Et donc, en rallongeant notre durée de vie, nous aurons plus tendance à mourir de faim que mourir de vieillesse. Sachant que déjà plus de 800 millions de personnes dans le monde souffrent de famine, ces recherches ne franchissent-elles pas une limite ?

 

 

source: CNRS

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